16/02/2012

Souvenirs ...

... que j'ai longtemps considérés comme douloureux, ceux d'une période difficile de ma vie ...
Qu'il y a trois ans j'ai reconstruits, sous forme d'un roman, imparfait, incomplet, inachevé, comme beaucoup de choses que j'ai créé.
Souvenirs d'une époque que je regarde maintenant plus sereinement, en me posant la question: Comment est-il possible à un moment de sa vie de se détester à ce point ?

Je vous partage un extrait de ce roman.

Manu quitta sa mère, l’estomac bien plein. Ils dînaient très tôt. Sa mère et lui avaient inventé cet artifice pour écourter les journées trop longues. Du coup Manu arrivait toujours le premier au pont.

Il s’asseyait sur la barrière métallique sans charme qui bordait le côté du pont, en attendant les premiers compagnons qui iraient le rejoindre. Le soleil couchant faisait briller la peau grasse et luisante de son visage.

 

Etait-ce donc ça la vie ? L’attente ascétique et permanente de jours meilleurs ? Les plus anciens lui avaient déjà ressassé qu’il fallait qu’il se trouve une demoiselle. A travers leur sermon, ils lui mirent en garde de bien profiter de sa jeunesse. « Tu es en train de  vivre tes plus belles années ! », « Tu verras, tu vas regretter cette période pendant tout le reste de ta vie ! ». Plus belles années … Concept abstrait, irréel, pour un Manu qui faisait de la promptitude du temps qui passe le leitmotiv de son existence.

 

Il jeta un coup d’œil sur la villa du médecin de campagne. C’était une maison cossue, entourée d’un jardin bien entretenu et arboré … Il y avait tellement peu d’arbres dans le village qu’on aurait dit une île verdoyante au milieu d’un océan jaunâtre … Manu fixait la petite fenêtre de la chambre du premier étage. C’était là qu’elle devait faire sa toilette, se dit-il, et ses pensées voguèrent au milieu d’un éther de grands draps blancs et de longs cheveux blonds.

 

-          « Salut ! »

 

Manu atterit. En face de lui, sur une bicyclette bien trop grande, le petit Serge attendait qu’il commente le bricolage de génie qu’il venait de réaliser : des cartes à jouer, fixées à l’aide de pinces à linges sur le cadre du vélo, traversaient les rayons de la roue arrière. Serge attendait vainement que Manu l’interroge sur l’utilité de ce bricolage.

 

Manu regardait autour de lui. Il avait honte d’être en présence du gamin. Ce dernier passait pour un original aux yeux des autres. En fait Serge était aussi un vilain petit canard. Quoi que Manu lui trouvait un visage bien plus avenant que le sien. Mais Serge était très petit pour son âge et tellement particulier. Il avait un air de petit génie déconnecté qui l’isolait des autres. Il était rejeté. Manu aimait bien le gamin, il le trouvait tellement intéressant, mais être avec lui officialisait le fait qu’ils faisaient partie du même clan « des rejetés que personne n’aime ». Et cela, Manu ne le voulait pas !

 

Les rues d’Orvaix étaient encore désertes à cette heure. Manu demanda au Petit, c’est comme cela qu’on le surnommait, ce qu’il avait bricolé. Serge était heureux que Manu lui pose la question, et le peu de dignité que Manu lui avait un instant prodigué le combla de joie.

 

Les cartes dans les rayons produisaient un cliquetis qui s’apparentait, à travers le filtre de l’imagination du Petit, au bruit d’une motocyclette.

 

-          « Tu entends ma moto ? » exhultait-il

 

Le petit pédalait à toute allure, il effectuait des huit autour de Manu avec une agilité peu commune. Derrière lui, son atroce petit chien, le poursuivait en poussant des aboiements stridents.

 

-           « Je suis à fond … mon moteur fait un bruit de tonnerre !!! Tu entends ?»

 

Manu était amusé. Il était pris d’un intérêt qui allait bien au-delà d’une simple compassion …

 

-          « C’est toi qui a trouvé cette idée tout seul ? »

-          « Et c’est toi qui a bricolé ça toi-même ? »

-          « C’est génial … »

Chaque fois que le Petit répondait par l’affirmative, Manu ressentait une sorte de sympathie qui s’apparentait de plus en plus à une tendresse amusée.

 

Les frères Longelet étaient entretemps arrivés, les bras chargés de bouteilles de bière. Leur arrivée brisa net le petit moment de joie de Manu et de Serge. Manu s’était transformé : le petit ne voyait plus qu’un homme distant. Mais qu’avait-il pu bien se passer ?

Serge continuait à rouler en ne lâchant pas Manu du regard … Manu, lui, se sentait pris d’une indifférence qui ne lui seyait pas … Ca lui faisait mal … Mais bon sang, le gamin n’a-t-il pas compris qui’il ne fallait aboslument pas que le Clan des Rejetés apparaisse au grand jour.

 

Claude, le gros, lui dit, désignant le petit cycliste :

 

-          « Ca va ? Il t’emmerde pas trop » …

 

Avec un haussement d’épaules, Manu signifia qu’il n’avait même pas remarqué la présence de l’enfant.

Quand le mensonge naît de la lacheté mêlé à un vague instinct de « comme ça ils me fichent la paix », n’est-il pas plus excusable ?

 

Claude reniflait bruyamment, comme s’il s’était mis à la recherche d’une odeur perdue dans l’air ambiant.

 

-          « Et, Petit, tu ne sens pas ? »

 

Le Petit lui lança, amusé :

-          « Non ! Qu’est-ce qu’il y a ? »

 

Claude reniflait de plus belle.

 

-          « Vraiment pas ? »

-          « Ben non … »

 

Manu était particulièrement agacé. Il portait la honte à la place des autres. La honte du rapport de force déséquilibré entre un adolescent et un enfant. On devrait leur interdire de vivre ensemble … C’est la seule façon de protéger les gosses ! La seule façon de les empêcher de devenir aussi cons que nous.

 

Claude renchérit, dans le sentiment d’auto-satisfaction qui précède la bonne blague qui va vous mettre en valeur devant vos semblables :

-          « Tu ne sens vraiment pas qu’tu gênes ? »

 

Et les rires, y comrpis ceux de Manu, firent écho à cette blague.

 

-          « Ah, bon ? », dit le Petit qui visiblement n’avait pas capté l’humour subtil de Claude.

 

Il s’était remis à faire des cercles pour qu’on entende le bruit de sa moto. Vivian continuait à rire seul de la blague de son frère. Il n’arrêtait pas de répéter : « tu ne sens pas que tu gênes », en cherchant l’écho de son hilarité chez Manu.  Vivian se lança ensuite à la poursuite du Petit qui s’était mis à accélérer comme une flèche. Le bruit du vélo ressemblait maintenant à celui émis par un gros moustique. En quelques enjambées, Vivian parvint à immobiliser le vélo, sous les aboiements de Pilou, arracha le mécanisme que Serge avait construit pendant des heures et le jeta dans le ruisseau. Le Petit se mit à pleurer, puis rentra chez lui en hurlant un « je vais le dire à ma maman » … auquel Manu entendit répondre « Amènes-la donc ta mère, on va lui faire passer du bon temps … »

 

Le rire accompagne automatiquement une plaisanterie d’un goût douteux, surtout quand elle conforte le mâle dans sa testostérone. Manu, lui, se sentait triste et choqué.

Il aimait bien le Petit … Et il savait que sa mère, atteinte d’une maladie rare, élevait tant bien que mal son petit garçon … Là aussi le père avait quitté le foyer familial. Le jour où il avait appris la maladie de sa femme.

C’était peut être cela le signe de ralliement du Clan des Rejetés. Un héritage familial constitué d’une mère qui porte toutes les douleurs du monde, et d’un lâche père.

Chaque éclat de rire faisait résonner sa colère enfouie au fond de ses tripes. Mais l’exprimer en ce moment-même aurait eu des conséquences que Manu aurait été incapable de gérer par la suite.

 

20:03 Écrit par Olivier dans Général | Lien permanent |  Facebook |

12/02/2012

Un rêve dans les étoiles

J'ai envie de partager un texte que j'ai découvert récemment ...

Ecrit par une poétesse qui s'ignore et à qui je rends hommage.

"Quand on se voit, on profite des yeux brillants, on partage ce qu'on aime au compte-goutte,
on est là en partage dans l'Univers, on est au milieu de tous les possibles, ...
Mais tout cela est intangible, invisible, sans autres traces qu'intérieures"

20:37 Écrit par Olivier dans Général | Lien permanent |  Facebook |